"Tentatives Invérifiables de rentrer dans l'Histoire"
  Bétonsalon - Centre d'art et de recherche
Installation sculpture/vidéo/édition
2015






How to enter history? Through which ways? Alone, or as a group? Can we write history via side ways, unofficial and unverifiable paths? Using a wide range of tools (interviews, investigations, image analysis), artist Soufiane Ababri invites us to collectively question our capacity to "enter history" (to figure in it, to play a part in it, to transform it). Each session will bring together a range of materials (TV archive, films, texts, artworks) from a variety of sources. Rather than acquiring "techniques" (no prior knowledge or experience is needed), the aim of this workshop is to imagine ways for art to become a medium for research and a political tool.












Ces tentatives invérifiables de rentrer dans l’Histoire 
Soufiane Ababri
Si d’aller voir un film et cocher par la suite une étoile sur 4 sur un blog cinéphile, si marcher dans une manifestation pour la régularisation des sans-papiers, si lire un journal et y découper l’article sur l’attentat de Charlie Hebdo, coller ce même article face à un autre article annonçant la mort d’Abdelwahab Meddeb. Si croiser Jim jarmusch dans une rue de Tanger et le fixer du regard jusqu’à ce qu’il se retourne, si visionner en janvier 2015 d’un trait tous les épisodes de toutes les saisons de Star Wars ne sont pas des faits historiques, alors c’est une négation totale de ma présence sur terre et de ma durée de vie sur celle-ci.
Une telle conception de l’Histoire et une telle conscience historique nous mettent face à notre situation d’absence, un corps faisant partie du peuple mais pas de son Histoire. Une telle conscience remet en cause l’idée d’un individu agissant dans un groupe pour un changement futur. L’expression "rentrer dans l’Histoire" signifie agir et réaliser des actions pour forcer la suite des événements et y trouver une place.
D’un tel "concept" peut émerger des tentatives que nous fournirons pour nous y inscrire, pour résister. Tenter de s’inscrire dans l’Histoire sans passer par les voies officielles et la volonté de pouvoir. Cela peut être la révolution la plus radicale jamais vue. Une révolution invisible et invérifiable.
L’idée qu’a le pouvoir de l’Histoire est dans son essence même interdite à nous, à tous ceux qui ne sont pas le pouvoir. La discrétion imposée au peuple, à ses femmes, à ses immigré-e-s, à ses homosexuel-l-e-s, à ses pauvres, est une des définitions de l’Histoire.
"Keep low profile". Comment rester dans cette position effacée, du profil bas, tout en faisant des tentatives de rentrer dans l’Histoire. Comment garder des traces de nos gestes, de nos pensées, de nos idées, comment parasiter l’hégémonie de l’Histoire officielle. Fournir des éléments à reprendre par la postérité, donc évidemment penser à la transmission d’un nouvel enseignement.
Ces gestes ne sont pas une science, ce sont des gestes éparses qui renseignent sur des prises de position sans intermédiaire et sans passer par l’aveu ou la confession.
Il y a l’idée permanente et obsédante de la postérité oui. Nos contemporains sont endoctrinés manipulés et c’est donc trop tard pour eux sauf s’ils se mettent à pratiquer des tentatives invérifiables de rentrer dans l’Histoire. Invérifiables puisque l’Histoire est ce qui viendra après notre fin.